La scarification chez l’adolescente : comprendre ce qu’elle cherche à dire
Comprendre, avant de s'alarmer
La scarification chez l'adolescente : comprendre ce qu'elle cherche à dire
Vous avez découvert des marques sur les bras de votre fille, et depuis, la peur ne vous quitte plus. Vous vous demandez ce que vous avez raté, si c'est grave, si elle veut mourir. Prenez une inspiration. Ce geste inquiète, à juste titre, mais il ne dit pas ce que vous croyez. Le comprendre est la première chose que vous puissiez faire pour elle.
La scarification n'est pas le problème. C'est une tentative de solution.
Une adolescente qui se scarifie n'est ni folle, ni en train de « chercher l'attention ». Elle a trouvé un moyen, maladroit et douloureux, de faire face à quelque chose qui la dépasse. Avant de vouloir arrêter le geste, il faut entendre ce qu'il tente de résoudre.
Ce que ce geste cherche à faire
Les personnes qui l'ont étudié de près, comme l'anthropologue David Le Breton, le décrivent comme un remède paradoxal. Une douleur physique que l'on choisit, pour reprendre le dessus sur une douleur intérieure qu'on ne contrôle pas. Derrière le même geste, plusieurs fonctions peuvent se cacher.
- Faire sortir une souffrance qui déborde, quand les mots manquent ou sont interdits.
- Ressentir quelque chose de concret, quand tout à l'intérieur est devenu engourdi, vide, anesthésié.
- Reprendre un contrôle, un seul, quand tout le reste de la vie semble échapper.
- Transformer une douleur invisible en une trace visible, presque plus supportable parce qu'on la voit.
C'est pour cela que le mot « automutilation » est trompeur. Il dramatise, il enferme, et il fait peur à tout le monde, à commencer par l'adolescente elle-même, qui finit par se croire « un cas » plutôt qu'une personne en souffrance. Ces marques ne sont pas une atteinte au corps, elles sont un langage. Un langage de dernier recours, quand aucun autre n'a fonctionné.
ce que la parole n'arrive plus à porter.
Pourquoi surtout les filles
Vous l'avez peut-être remarqué, et les études le confirment : ce geste débute souvent à la puberté, et il touche davantage les adolescentes. Ce n'est pas un hasard, et cela raconte quelque chose de ce qu'on demande aux filles.
On leur apprend, très tôt, à intérioriser plutôt qu'à exploser. Là où un garçon en colère aura plus souvent le droit de la faire sortir vers l'extérieur, une fille apprend à la retourner contre elle. On surveille leur corps, on le commente, on leur enseigne qu'il doit plaire avant de leur appartenir. Alors, au moment de la puberté, quand ce corps change et devient un champ de bataille, certaines le prennent comme seul territoire où reprendre la main.
Le corps devient le carnet où s'écrit ce qu'on n'a pas le droit de crier.
Ce n'est pas une fatalité, ni une faiblesse propre aux filles. C'est le signe d'une pression qui pèse sur elles depuis l'enfance, et qui trouve là une issue silencieuse.
Ce que vous pouvez faire, et ne pas faire
Face à cette découverte, l'instinct pousse souvent à des réactions qui aggravent les choses. Voici ce qui aide, et ce qui blesse.
Ce qui referme
Dramatiser, crier, fouiller sa chambre, exiger des explications, la surveiller en permanence, ou la culpabiliser. Chercher un coupable, elle ou vous. Tout cela ajoute de la honte à la souffrance.
Ce qui ouvre
Rester calme, lui dire que vous avez vu et que vous êtes là, sans exiger qu'elle parle tout de suite. Montrer que son geste vous inquiète parce que vous l'aimez, pas parce qu'il vous dérange.
Vous n'avez pas à tout résoudre seul, ni à devenir son thérapeute. Votre rôle est de rester un lien sûr, un endroit où elle sait qu'elle ne sera ni jugée ni abandonnée. Le reste, l'accompagnement de fond, se fait avec de l'aide.
Où trouver de l'aide, maintenant
Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236, gratuit et anonyme, 7 jours sur 7. Des professionnels y écoutent aussi bien les jeunes que les parents.
3114, le numéro national de prévention du suicide, 24 heures sur 24, gratuit. À composer sans hésiter si vous percevez un danger immédiat, ou simplement si vous avez besoin d'être guidé.
Et bien sûr, le médecin traitant, qui pourra orienter vers un professionnel adapté. La scarification mérite un accompagnement, et vous n'avez pas à choisir seul lequel.
Là où l'hypnose peut accompagner
Une fois la sécurité posée et un suivi engagé, un travail plus doux peut venir en soutien. Non pas pour faire disparaître un symptôme par la volonté, mais pour apaiser la douleur qui se trouve dessous.
L'Hypnose Humaniste permet de mettre des images et des mots sur ce qui n'en avait pas, de retrouver un accès à des émotions longtemps tenues à distance, et d'alléger le poids que l'adolescente porte souvent sans savoir le nommer. C'est un accompagnement complémentaire, jamais un substitut à un suivi médical ou psychologique. Il vient s'ajouter, il ne remplace pas.
Chaque situation est différente, et rien ne se décide dans l'urgence ni sous la pression.
Se reconstruire sans effacer
Au Japon, on répare les céramiques brisées en soulignant leurs fêlures d'or, le kintsugi, plutôt que de les cacher. L'objet n'est pas diminué par sa cassure. Il est reconstruit autrement, et il tient de nouveau.

Une adolescente n'est jamais définie par ce qu'elle a traversé. Ce qui s'est fissuré en elle peut se réparer, avec du temps, de l'aide et de la douceur. La reconstruction n'efface pas l'histoire, elle permet de continuer à vivre avec elle, autrement.
On ne se reconstruit pas en effaçant la fêlure, mais en la traversant.
Vous êtes inquiet pour votre fille ? Parlons-en.
Avant toute chose, un simple échange téléphonique, offert et sans engagement, pour faire le point ensemble sur sa situation et voir ce qui pourrait l'aider, à sa place et à son rythme.
Prendre un premier contactVos questions
La scarification est-elle une tentative de suicide ?
Dans la grande majorité des cas, non. Le geste vise le plus souvent à soulager une souffrance pour continuer à vivre, pas à mettre fin à ses jours. Cela ne veut pas dire qu'il faut le minimiser : il signale une détresse réelle qui mérite de l'attention et de l'aide. Mais le confondre avec une volonté de mourir ajoute une panique qui n'aide personne.
Pourquoi ma fille se fait-elle du mal alors qu'elle a tout pour être heureuse ?
La souffrance intérieure ne se mesure pas aux conditions extérieures. Une adolescente peut avoir un cadre aimant et traverser malgré tout une douleur qu'elle n'arrive pas à dire. Le geste n'est pas un reproche qui vous serait adressé, c'est le signe qu'elle n'a pas encore trouvé d'autre langage pour ce qu'elle ressent.
Dois-je en parler avec elle, ou attendre qu'elle vienne ?
Vous pouvez lui dire que vous avez vu, calmement, sans exiger d'explication immédiate. L'essentiel est qu'elle sache que la porte est ouverte et qu'elle ne sera pas jugée. Forcer la parole referme souvent, tandis qu'une présence patiente laisse la confiance revenir à son rythme.
Est-ce que ça va s'arrêter tout seul en grandissant ?
Parfois, mais on ne peut pas compter là-dessus sans rien faire. Ce qui compte n'est pas seulement que le geste cesse, mais que la souffrance qui le provoque soit entendue et accompagnée. Sans cela, elle peut se déplacer vers d'autres formes. Un accompagnement adapté aide à traiter la cause, pas seulement le symptôme.
L'hypnose peut-elle aider une adolescente qui se scarifie ?
Elle peut accompagner, en complément d'un suivi médical ou psychologique, jamais à sa place. L'Hypnose Humaniste offre un espace pour mettre des mots et des images sur une douleur restée muette, et pour l'apaiser en profondeur. La démarche se fait toujours avec l'accord des parents et en lien avec les professionnels qui suivent déjà la jeune fille.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de danger immédiat, composez le 15 ou le 3114.
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Categories:Relations & liens toxiques

bravo pour cet article qui met en lumière un, sujet aussi délicat que la scarification. C’est une réalité souvent méconnue et difficile à aborder. En tant que parent ou proche, j’imagine à quel point on peut se sentir démuni lorsqu’un enfant en souffre. Merci d’ouvrir le dialogue avec sensibilité sur un sujet qui mérite d’être mieux compris.
Merci Sandrine, encore un article éclairant sur un sujet difficile.
Trouver les mots pour ces maux incompris sont une réelle source guérison.
Merci pour ce retour Valérie, il me touche.
Vous avez raison, mettre un mot sur ce qui n’en avait pas, c’est déjà la moitié du chemin. Ce qui reste innommable reste ingérable.